Conciliation vie et carrière : la maternité

Le monde devient de plus en plus compétitif et axé sur la performance, et les emplois de plus en plus précaires pour les jeunes générations. Dans le combat perpétuel qui consiste à faire sa place, on constate que les femmes doivent souvent reporter la maternité pour s’investir davantage dans leur carrière (Pacaut, Laplante & Le Bourdais, 2006). Autrement dit, les femmes sont confrontées à une polarisation entre maternité et carrière (Cichelli, 2001; DeWit et Ravanera, 1998).

Comme jeune femme, lorsque l’on vous demande « voulez-vous des enfants? », ressentez-vous un certain malaise? Hésitez-vous à répondre la vérité? Vous demandez-vous si vous devriez répondre « non » ou « pas maintenant », pour montrer que vous vous préoccupez de votre avenir, ou plutôt « oui », pour démontrer que vous ne rejetez pas les valeurs traditionnelles de la famille? Ou encore, ressentez-vous un désir profond d’enfant que vous n’osez pas exprimer? Au fond, ce malaise traduit l’influence encore présente de stéréotypes à l’égard des femmes, qu’elles choisissent de rester à la maison, de repousser la maternité ou de mener de front carrière et famille, choix aussi légitimes les uns que les autres par ailleurs.

Parmi les nombreux défis auxquels les jeunes femmes en STIM peuvent avoir à faire face, on retrouve donc cet enjeu de la maternité. En fait, particulièrement pour celles qui choisissent les études de longue durée, elles sont confrontées à l’appropriation de deux identités (Garner & Méda, 2006); elles sont confrontées à une double transition (Daigle, 2013). D’une part, les étudiantes ou les jeunes professionnelles se démènent pour se tailler une place de choix sur le marché du travail et se garantir un avenir prometteur. D’autre part, ces jeunes femmes sont à l’âge de vouloir fonder une famille. En effet, elles étudient, s’apprêtent à arriver ou arrivent sur le marché du travail au cours de cette même période où « l’horloge biologique » retentit (Tamburri, 2013). Dans le cas de celles qui ont alors leur premier enfant, la double transition survient : elles doivent s’approprier à la fois leur nouveau rôle de mère (voir Cichelli, 2001) et leur rôle d’étudiante ou de jeune professionnelle, rôles qui s’avèrent tout aussi exigeants l’un que l’autre. Malheureusement, plusieurs croient à tort que réussir à concilier ces deux rôles est impossible. Comme le dénonce Louise Leduc, on reproche aux mères qui gravissent les échelons du succès professionnel de vouloir tout avoir. En d’autres termes, être une bonne mère et avoir du succès dans sa carrière tiendrait de l’utopie. Pourtant, nous connaissons toutes des exemples de femmes qui y parviennent.

La maternité est un élément clé de l’égalité des chances professionnelles et une problématique des plus persistantes. D’un côté, les femmes revendiquent d’être traitées de façon égale, notamment au niveau des chances d’avancement dans l’organisation (voir le plafond de verre, dont nous avons traité dans un article précédent), mais d’un autre côté, leur différence est indéniable lorsqu’il s’agit d’avoir des enfants. Dans le cas de maternité traditionnelle (j’exclus ici notamment l’adoption), les femmes doivent bien sûr porter l’enfant. Ce sont généralement aussi elles qui interrompent leur carrière ou réduisent leur temps de travail pour s’occuper de l’enfant dans les premiers mois de sa vie (Pacaut et al., 2006; Pailhé et Solaz, 2006; 2007). Lorsqu’elles choisissent de ne pas rester à la maison, il arrive qu’elles ressentent de la culpabilité; ceci s’explique, entre autres, parce que plusieurs d’entre elles se sentent davantage responsables du bébé que leur conjoint (Deschênes, 2005).

Pourtant, il existe certainement des avantages à être mère étudiante ou professionnelle. Avoir une famille fournit notamment une motivation supplémentaire à terminer ses études afin d’améliorer ses conditions de vie. Cela permet également de s’épanouir à la fois sur la sphère professionnelle et familiale (Tanguay, 2014). L’apport des femmes au marché du travail est aussi gage de prospérité économique (The Economist, 2009).

Ainsi, pour atteindre l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, tout en favorisant à la fois la famille et le bien-être économique, il faut sans doute offrir aux femmes des conditions académiques, professionnelles, politiques et sociales qui tiennent compte de leur double rôle. La question devient alors : qu’en est-il de l’égalité des chances aux études ou au travail aujourd’hui?

Nous visons dans une période de transition. D’une part, il reste plusieurs obstacles à la mise en place de mesures favorisant l’égalité des chances. Dans plusieurs milieux, la maternité est encore perçue comme un obstacle à la performance. Cette perception n’a pas lieu d’être, car, comme le dit Catherine Halpern : « la maternité n’est plus [dans ce cas] un destin mais un choix ». La responsabilité de s’adapter reviendrait donc à la femme qui choisit d’avoir des enfants plutôt qu’à la société ou l’organisation dans laquelle elle travaille (Scotto, Sappe et Boyer, 2008). Dans cette perspective, la dualité maternité-carrière se crée d’elle-même. La natalité n’est plus un phénomène social, elle est considérée comme un « fardeau » individuel.

Annie-Pierre Bélanger, étudiante mère, soutient que les étudiants parents sont souvent décrits à tort comme des individus immatures et irresponsables, par des personnes qui ne veulent pas reconnaître qu’avoir des enfants pendant ses études puisse être un choix légitime et réfléchi. En plus des préjugés auxquels les parents étudiants font face, le système tient peu compte de leur réalité. Par exemple, les jeunes mères ne pouvant pas étudier à temps plein pour s’occuper de leur nouveau-né se voient souvent coupées de privilèges qui y sont associés : accès à l’aide financière du gouvernement, aux coûts réduits de transport en commun, aux locaux pour travailler, etc. (ASSÉ, 2013).

Au niveau des jeunes professionnelles et particulièrement dans les domaines majoritairement masculins comme certaines branches des STIM, les femmes font parfois face à des obstacles causés par le sexisme (Lalancette, Saucier et Fournier-Lepage, 2012). Il est alors d’autant plus difficile de faire reconnaître la légitimité du choix de s’investir à la fois dans sa future famille et dans sa future carrière.

D’autre part, malgré ces difficultés qui rendent la vie difficile aux mères étudiantes ou aux jeunes professionnelles en STIM, les choses sont en train de changer (Scotto et al., 2008). Plusieurs mesures ont été mises en place dans les dernières années pour vous aider à concilier maternité-études-travail. On constate une plus grande implication des pères qu’avant dans les premiers mois de la vie de l’enfant (Marshall, 2008). Des groupes de soutien pour les parents étudiants se sont organisés (p. ex. : L’APÉTUL à l’université Laval et le CSPE de l’UQAM). On a vu apparaitre des conditions d’accommodation dans les programmes de bourses (p. ex. : des congés familiaux pour les boursières et boursiers du CRSNG, du CRSH et du FRQNT). Des mesures de sécurité sur le campus pour les femmes enceintes ont été mises en place (p. ex. : le programme de maternité sans danger de l’université de Sherbrooke), ou encore certaines résidences universitaires peuvent maintenant accueillir les familles. Les conventions collectives comprennent souvent des mesures d’accommodement.

Néanmoins, à titre de rédactrice, je n’ai pas encore été confrontée à ce dilemme. J’invite donc tout spécialement toutes les mamans à venir partager leurs expériences face à la maternité aux études, leurs réflexions sur le sujet et leurs façons de développer des stratégies pour concilier les études et la maternité.

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